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mardi, 16 octobre 2007
Oscar Wilde
Il y a 153 ans naissait Oscar Wilde. Si nous étions des Vulcains, nous serions toujours des contemporains. 153 ans, en données humaines, c’est un bail, sur une simple échelle historique, ce n’est rien, rien du tout, un souffle. Il manque très peu pour que nous nous attrapions encore les mains, des décennies de progrès technologique et de barbarie appliquée et quelques générations humaines de plus et de moins
La vie d’Oscar Wilde a été courte, relativement courte, et généralement malheureuse. Son malheur principal a valeur d'exemple. Sa vie est envisagée en périphérique de ce cratère, comme la chute d’une météorite, on vient en observer les bords pour se figurer la force de l’impact.
Elle a été commentée et sur commentée, et presque toujours commentée pour cela : son grand malheur, à savoir une condamnation au bagne, aux travaux forcés et il faut bien se figurer ce que cela signifiait deux années de bagne, parce qu’il était homosexuel.

Depuis, Oscar Wilde et son histoire ont perdu leur individualité. C’est un comble douloureux pour quelqu’un qui plaçait l’individualité et son plein épanouissement au centre de la vie. Mais c’est ainsi, on a parlé d’Oscar Wilde pour expliquer son cas, pour le justifier, justifier le sort qu’on lui avait réservé, pour le plaindre et puis pour s’en servir de cause libératrice, s’en servir de caution. Il n’aurait pas détesté servir de cause et de caution pour ce qu’il appelait la cause, c'est-à-dire le droit d’exister en tant qu’homme homosexuel. Pour un dandy individualiste, il avait une sérieuse prémonition de ce que seraient les revendications, les demandes de droits civiques, la volonté de reconnaissance des futurs gays et lesbiennes que l’on disait alors invertis ou saphiques.
Mais cela n’a jamais eu trop d’importance, l’importance d’Oscar Wilde c’est de pouvoir s’expliquer, que ce soit par le vice, la psychologie, la sociologie, la morale, la revendication et que le sujet principal soit le sexe. Honteux ou libéré, selon les auteurs et les époques où ils ont écrit.

Les photographies, les caricatures et les représentations ont suivi les mêmes pérégrinations.
Un monstre adipeux, une statue de cire, une colorisation acidulée et un style manga gay. Là aussi, Oscar aurait préféré les dernières. Etre une revendication acidulée et sexuelle, comme sur la couverture du livre de Neil Mc Kenna. Excellente biographie, mais biographie de qui ou de quoi ? D’un nom célèbre et d’une juste cause. C’est insuffisant.
En plus d’être un individualiste revendicatif de sa propre et unique individualité (pour sûr il aurait aimé l’évolution de Seven of Nine dans les dernières saisons de Star Trek Voyager), Oscar Wilde était un écrivain et un philosophe. Lui reconnaître ces deux simples distinctions est la chose la plus pénible pour celles et ceux qui se sont approchés du sujet. Ce n’est pourtant pas difficile, on ne voit que cela, depuis les tous débuts jusqu’à la fin, l’obsession de la littérature, de l’écriture, l’envie de mettre ses idées en forme, de les transmettre.
Pour parler avec autant de frénésie d’une vie et la réduire à sa plus grande catastrophe, il importe d’aller à l’essentiel du spectacle. Et l’essentiel pour un écrivain c’est ce qui ne fait pas spectacle, c’est l’écriture.
L’écriture ne se regarde pas.
Notre époque et celle d’Oscar Wilde ont beaucoup plus en commun que ce que l’on imagine en y regardant vite. Et, quand on le cite, c’est pour le tirer à soi comme un fétiche. Quand on le cite, c’est pour sourire d’aphorismes tirés de ses pièces les plus « commerciales », trop rarement pour écouter ce qu’il avait à dire et peu de temps, par malheur, pour écrire. Le vrai malheur d’Oscar Wilde est d’avoir été brimé dans son écriture jusqu’à en être empêché et jusqu’à en mourir.
Il y a cent cinquante trois ans, Oscar Wilde naissait pour quarante six années solaires. Il reste de cette vie ce qu’aucune étude ou biographie ne restitue : des mots et des phrases et des textes pour écrire qu’elle n’a pas été vécue pour rien.
Hermeline

19:55 Publié dans littérature, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, philosophie, art, homo, gay



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