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jeudi, 26 juin 2008

Le monde à ma fenêtre

cover_Polluxa%203.jpg- Enfin madame, me direz-vous sérieusement que le monde pour vous se résume à un balcon ? Et que d’un géranium vous faites votre unique souci. Me chanterez- vous que sa conversation est assez divertissante pour vous tenir ainsi éloignée de la cour ?


-Si fait, Monsieur, voyez quelle surprise de vous entendre annoncer ce que je sais déjà …

-En ai-je déjà entendu de vos extravagances pour que vous me contiez pareille sottise et que vous vous y teniez.

-Et quoi, d’un simple pot ne peut-on faire simplement le tour, qu’en un tour, à la fin, la saison ne se passe, puis deux puis trois puis quatre et à la fin ne lasse de voir aux mêmes feuilles la lumière accrochée, ou quelques gouttes de pluie, que chacun s’entiche de faire un commentaire. Assurément, j’ai vu le monde à ma fenêtre, à travers les feuilles de ma plante, je l’ai vu, en bas, passer, coloré souvent et parfois bigarré, et à le bien guetter je n’ai plus reconnu le goût de m’y mêler.

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Oui, j’ai vu le monde à ma fenêtre, d’aussi haut que j’ai pu, je l’ai bien vu passer, et rien de ses atours et rien de ses attraits, d’aller le rejoindre ne m’a plus tenté.

-Ainsi Madame, me direz-vous que vous vivez empotée ?

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- Assurément Monsieur. Un pot de géranium est plus, il me semble, bien plus savant que vous, qui vous dites savant des choses et des êtres dont le monde est peuplé jusqu’à la satiété.
Le croiriez-vous : à chaque jour nouveau de nouvelles nuances, il en va des saisons  pareillement pour qui sait regarder des très petites choses les très grands changements.
Le discours d’une feuille ou la mort d’une fleur m’en dit bien plus que vous sur les temps et les mœurs.

 

-Vous m’intriguez, Madame, et déjà me voilà penché vers cet arbuste  afin de mieux l’étudier. Le pire est son parfum, qui ne sent rien de bon ni de mauvais non plus, ce qui est un paradoxe bien niais. Tout juste un parfum de terre.

 

-Un parfum de terre, dites-vous ? Allons Monsieur, vous n’avez pas de nez. La noblesse du géranium se passe de ces atours faciles. Il lui suffit d’être odoriférant, et d’être là où il est, bel et beau pour me plaire. Et cela me suffit.

-De fait, Madame, à rester dans l’ombre de son paravent de feuilles, la plante est bien plaisante.

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-Alors, je vous dirai, Monsieur le beau parleur,  d’aller vous en chercher une de votre sorte et de la placer haut, où bon vous semblera, et de vous y tenir, autant qu’il vous plaira.

Laissez-moi, je vous prie et quittez donc ma place, ce balcon-ci est mien et il le restera. Depuis ma plante en pot  je verrai le monde défiler, les fleurs du géranium me suffisent assez.

 

 HeRmeline

 

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