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dimanche, 29 juin 2008
Hors de moi
Ce qu’il y a dehors n’existe pas. Rien hors de chez moi, de chez nous.
Rien.hors.de. Hors.de.rien.
Hors de moi, il n’y a rien. Hormis moi : rien, au sens figuré et au sens littéral.
C’est une profession de foi.
La seule vision est intérieure. Elle dit « je suis un aveugle volontaire » un aveugle décidé On peut décider cette cécité là.
Mets les paumes de tes mains devant tes yeux, sans appuyer, à peine posées, et le monde hors de toi, le monde extérieur ne sera plus là.
Le monde en toi restera à sa place, et tu le verras mieux, encore plus de détails viendront vers toi. Ils monteront vers toi, tu les sentiras passer à travers l’arbre de ta chair, l’arbre de ta respiration, l’arbre de ton souffle.
Focalise ton attention, toute ton attention sur ces détails.
Ne valent-ils pas mieux que tous les paysages ? Et celui qui te parle, en toi, moi, mieux que tous les sons, que toutes les musiques ?
Ne regarde pas ailleurs. Fais la nuit et écoute. Ecoute pour me voir, je suis dans le déferlement de ton sang. Ecoute pour voir que ta nuit est pleine à raz bord de formes et de couleurs et que je suis là.
Je te parle depuis le commencement du monde.
A l’extérieur il y a la moquerie du spectacle de la vie des autres.
Ce ne sont pas leurs vies réelles, pas plus que n’est réelle ta vie à l’extérieur.
Pas plus que n’est réelle ta vie quand tu es hors de chez toi.
Je veux dire hors de chez moi.
D’où viens-tu ?
Je t’ai pourtant dit de ne pas aller au-dehors, de ne pas sortir d’ici. De ne pas aller voir ailleurs puisque je n’y suis pas. Ailleurs il n’y a rien, ailleurs n’existe pas ailleurs qu’en toi. Où te transportes-tu pour porter le vide que tu caches ?
Et ne prends pas cet air étonné, cet air de ravi de la crèche comme si je te servais du charabia, du blabla, de la bouillasse. Tu comprends très bien ce que je te dis. Le monde hors de nous n’y est pas. Ne bouche pas tes oreilles ou alors si, si tu veux mieux m’entendre.
Arrête ton cirque en me répondant que j’ai peur de rester seul. Pas besoin de s’assoir sous l’arbre du Bouddha et y rester jusqu’à ne plus pouvoir déplier les genoux pour saisir cette vérité : hors le monde, et le monde est en toi, hors le monde donc, c’est le vide, le vide aussi vide qu’après la dernière ceinture d’astéroïdes de notre système solaire. Et il n’y a aucune autre voix, aucune à part moi.
Là tu es calmé, tu m’écoutes ? C’est tout de même bon de m’entendre, non ?
Voilà, tu es avec toi. Tu ne saurais être mieux ailleurs. Maintenant fais-toi le récit de tes hallucinations, vois si je me trompe : qu’est-ce-que je te disais ? Rien n’avait de substance. Pourquoi es-tu allé imaginer tout ça, ça ne tient pas debout cette obsession.
La porte que tu franchis, si tu pouvais la traverser à la vitesse de la lumière, tu verrais que derrière, il n’y a rien et moins encore que tu ne peux te le figurer. C’est toi qui te fabrique le décor, juste avant de sortir, le labeur de ton imagination, brique après brique.
Si tu t’y sens à l’aise, c’est qu’il n’est là que pour toi. Assieds-toi sur ton glaçon et flotte. La mer est gelée autour de toi, une mer de gélatine. Tu peux marcher dessus, tu peux marcher sur cette gélatine. Ce n’est pas pour imiter Jésus, c’est juste pour toi.
Ne sois pas si triste d’être seul. Tu es avec moi. Si je te dis que tu es avec moi depuis toujours tu es pris de dégoût. C’est comme un haut le cœur. Une envie de vomir, de me vomir. Mais voilà, tu ne peux pas te vomir toi-même. Cela ne se peut. Je suis ton envers, ta doublure, collé à toi et de même substance.
Je suis l’envers de ton endroit.
Hermeline
22:45 Publié dans texte personnel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, philosophie





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